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SONALP CHARME LE LIBAN
Corrine Feuz - 24heures du 26 octobre 2003

TOURNÉE Du 10 au 20 octobre, les musiciens du groupe ethno-folk se sont produits sur diverses scènes à Beyrouth. Reflets.

« C’est très beau, très poétique. Cela reflète l’ambiance suisse : la neige, les vaches. Mais en plus du traditionnel, il y a du rap, du rock. C’est génial. » Walid, jeune Libanais de 22 ans, vient d’assister à un concert intimiste de Sonalp donné en ce mercredi 15 octobre dans le campus de médecin de l’Université privée Saint-Joseph, à Beyrouth. Une ville qui, réunifiée dans ses composantes chrétiennes et musulmanes, offre un visage de renouveau treize ans après la fin de la guerre qui l’a ravagée.

Sur scène, les huit compères de Sonalp - Pitou, l’un des « youtzeurs » a été retenu en Suisse pour des raisons professionnelles - jouent avec un plaisir évident, Attentif dans la salle, leur manager, Aldo, enregistre sur un minidisc. Seule partition pour le groupe « amateur » (n.d.l.r. : tous exercent un métier où font des études) qui joue « d’oreille ».

Pour ce deuxième concert de la journée, la clarinette d’Andréas flirte avec le violon de Guillaume et la guitare basse d’Olivier. Les coups de sonnailles de Yann font écho aux djembés de Rémy et de John, rencontrent les voix de Marc et de Pipo. Dans un étrange mariage de tradition, de modernité et de sonorité d’ailleurs. Au premier rang, des jeunes sourds de l’institut dans lequel le groupe s’est produit deux jours plus tôt, vibrent aux rythmes de leur groupe désormais favori. Ne perdant pas une miette d’un spectacle tout aussi visuel.


Générosité sur scène et à la ville

Les membres du groupe, âgés de 18 à 30 ans, ont les yeux qui pétillent lorsqu’ils évoquent l’expérience avec les sourds-muets. Un concert proprement magique, débuté dans la tension et achevé dans une danse générale ; les jeunes sourds dansant, emportés par le tourbillon des vibrations de Sonalp. Et leur charisme, déployé tant sur scène qu’à la ville.

La veille, dans l’univers de luxe feutré de l’Hôtel Mövenpick (inauguré l’année dernière en présence du président de la République, Emil Lahoud), le groupe a joué avec autant de décontraction et de fougue. Le public, invité par Thomas Litscher - l’ambassadeur de Suisse au Liban - à l’occasion des « Rencontres Suisse Liban » (n.d.l.r. : la Suisse est le premier partenaire commercial du Liban), n’est pas resté insensible aux tonalités de Sonalp. « Au début, j’ai eu de la peine », évoquait Brigitte Gerbage, une Suissesse de Küsnacht (ZH) mariée à un Libanais, « A force de les entendre, ça pénètre l’esprit. Finalement, j’ai beaucoup aimé. » Pour les « sonalpiens », le concert fut l’occasion de s’imprégner du pays avec la présence de la danseuse du ventre Dalida, une envoûtante beauté de 20 ans. Un souvenir que les membres du groupe, rentrés mardi en Suisse, ont conservé à l’esprit. Peut-être aussi vivace que celui du concert avec les sourds, Ou que de celui donné dans la rue dimanche, à l’occasion du marathon international qui sillonnait les rues de Beyrouth. « Les coureurs dansaient en passant devant nous », sourit Guillaume, qui, avec ce voyage a effacé le souvenir de la guerre pour retenir la générosité des Libanais, Un pays qui a inspiré le groupe pour une nouvelle création, arabisante, « Ces quatorze concerts, donnés avec un répertoire fixe nous ont donné l’envie de créer, d’avancer, de faire un CD live », confiait Guillaume, hier. Alors qu’au Liban, leur manager envisageait déjà d’autres tournées à l’étranger : à Athènes pour les JO puis au Japon. De la musique d’avenir.


De l’étable à la table de l’ambassadeur

HISTOIRE Née il y a quatre ans, la formation du Pays-d’Enhaut monte le son.

Une belle aventure. Contraction du « son des alpes », Sonalp débute sa « carrière » durant l’été 1999 à Château-d’Oex, lors d’une fête de quartier. Le groupe, estampillé ethno-folk, n’a alors pour tout répertoire qu’un seul et unique morceau, que le public va bisser, Depuis, le groupe s’est étoffé (ainsi que son répertoire), a quitté son local de répétition initial – l’écurie d’un chalet – et multiplié les scènes en Suisse (Expo.02, scène off du Montreux Jazz Festival…). Son voyage au Liban, et ainsi sa première tournée à l’étranger, il le doit à Thomas Litscher, ambassadeur de Suisse sur place. A la recherche d’un groupe non traditionnel pour animer la soirée de gala des Rencontres Liban Suisse, l’ambassadeur s’est renseigné auprès de Présence suisse (l’ancienne commission de coordination pour la présence de la Suisse à l’étranger) et a découvert Sonalp via internet. A l’issue du concert, donné le 14 octobre à Beyrouth, l’ambassadeur confiait : « Prendre de la musique traditionnelle et la mélanger avec d’autres, j’ai personnelle-ment trouvé cela très bien. Même si, pour un public arabe, c’est peut-être un peu déstabilisant. » C. Fz